Parce que mes pieds sont têtus.

lundi 22 juin 2015

Présomption d'arrogance ou comment se prendre un gros vent sur 10 kilomètres.

J'arrive après le kilomètre 5. Je tourne au virage. Je connais des gens. je ne veux pas qu'ils me voient.
Je tourne. Et je m'arrête.
22 minutes et 42 secondes de course.
J'ai déjà heurté de plein fouet une première muraille. Ravitaillement en eau au troisième kilomètre. 13 minutes 24 secondes. Panne sèche. Une minute d'arrêt.
Je suis debout sur ce podium, récompensée pour ma première place de V1 F. Je suis une imposture.
Je n'ai pas couru un dix. J'ai fait 5 courses. 
5 fractionnés.
Festive corrida de Cugnaux. Petite course au grand coeur.
Ma dernière sur la région.
Je croise ces coureurs qui m'ont accueillie avec amitié. Les visages deviennent familiers. C'est à ce moment là que je pars.
Vie nomade. On profite, on s'attache et puis on plie bagage.
Fête au bourg. Les enfants ont couru. Ma filoute exhibe sa médaille. Un sourire Margote ! Bravo les enfants ! Apprenez le goût de l'effort, affûtez votre esprit de compétition. Soyez justes, loyaux mais hissez haut !
Les coureurs du 5 partent en trombe. Une distance qui me fait peur. Pas le cran de m'y aligner. 
Il faut tout y donner. Aucune hésitation. Un duel entre soi et la grande aiguille qui trotte à une vitesse vertigineuse. Je hurle pour pousser les premiers qui déboulent à 17 km/h. C'est impressionnant. Un peu effrayant, vraiment étourdissant.
Les esprits s'échauffent, je me repasse en boucle les conseils de mes amis coureurs. 
verrouille ta course. Fait monter le tempo. Pas trop vite. Dégage toi sur la première ligne droite, prend le premier virage et stabilise. 4' 30. Tout le long. Sur le dernier, lâche les chevaux. Promenade de santé. 45 minutes à portée de foulées.
Oui mais.
Emportée par la foule… J'avale mon premier kilomètre en 4 minutes. Il me faut deux kilomètres de plus pour me jeter tête baissée dans la façade en béton armé qui cache ma fatigue de ces derniers jours.
Blackout total. Je ris nerveusement en laissant passer le flot. J'entends les encouragements que les perplexes me lancent. 
Je recolle les morceaux de motivation en quelques longues et pénibles secondes. Par fierté plus que par conviction, machinalement je relance.
Point de départ. Deuxième boucle. Ceux qui me connaissent ont compris. Je traîne mon rêve de chrono dans les lambeaux de ma foulée qui grince. Je me rabats une nouvelle fois sur le bas-côté. 
Arrête le massacre. Continue. Arrête je te dis ! continue ou cache toi. Mais ne reste pas plantée là ! Les secondes tombent. Sonores et alarmantes sur le chrono de ma montre. Il me suffit de presser le bouton rouge pour tout arrêter. Oublier cette course en miettes et déclarer forfait.
Sur 10. Qui le ferait ?! Je pense à la litanie de tous ces coureurs, croisés sur marathon, perdant une à une les pièces du moteur tandis que je doublais, totalement ignorante de la douleur que peut provoquer ce fameux mur, pérorant à qui voulait l'entendre qu'une course se maîtrise, qu'il n'est de douleurs que du fruit d'un travail bâclé, d'un début de course anarchique et d'une foulée en vrac.
Je pensais bien m'y cogner un jour dans ce mur.
Il reviendra je le sais. Mais pour l'heure il s'invite sur une promenade.
Parce que savoir le reconnaître, c'est aussi panser les plaies du départ. Encore une fois, je redémarre.
Flirtant avec la frontière du 12 km/h je raccroche doucement le peloton. Le plaisir vient enfin.
Les pieds réconciliés obéissent à mon esprit de compétition. Je suis 6 ème féminine. Je ne pense qu'à une chose: Passer au moins en 5 ème position.
Il me reste deux kilomètres. Rien.
Seconde après seconde je règle mon tempo sur l'objectif. Double la 5 ème. Il suffirait d'un rien pour qu'elle me fasse de l'ombre. Je ne me retourne pas. La 4 ème est dans le viseur. Je la doublerai à 500 mètres de la fin, sans autre joie aucune que de voir enfin la délivrance arriver.
46 minutes et 58 secondes. 2 minutes 30 immobile, à tergiverser. Soit 44' 28 de course active.
Je le sais que ce n'est pas rien. 
Mais ce que je sais c'est que cela ne vaut rien. Ce n'était pas moi. Pas ma course, pas ce que j'avais préparé. C'était subi, désordonné, ridicule.
Je voulais un mur.
Je l'ai eu. Pas là où je l'attendais.
Repos maintenant. Entre deux cartons de déménagement et une montagne de travail.
En septembre j'attaque les choses sérieuses.
72 kilomètres à l'horizon décembre - Et pour ceux qui suivent "lastyliste" un joli projet en construction -

…Une promenade de santé ;)
















Départ du drame en 5 actes. ( Photos Pierre Garaudet pour Running Mag )
- Bravo à Julie, en rose, 2 ème féminine en 44' 42 avec qui j'avais décidé de courir, accompagnée de Laurent ( le même lièvre aux petits oignons que sur le TUT ) avant que ma linotte de tête s'en mêle  -




Photo Maud Pagèze pour Runningtrail
Pour info, je perds 55" sur mon record - Ici - couru avec autrement plus d'intelligence.
- Bonus coup de coeur à Jean-Marc encore, toujours si gentil et à cet inconnu venu me voir après la course pour me remercier d'avoir été son moteur sur ses trois derniers kilomètres. Yallah ! -

-J'essaie toujours de faire ce que je ne sais pas faire, c'est ainsi que j'espère apprendre à le faire - (Picasso)

lundi 1 juin 2015

Dans le bain du trail Toulousain

La veille j'étais chafouin.
Un jour chiffon. Renfrognée, c'est pas juste, je m'fous de tout et patin-couffin.
Et en plus j'ai mal dormi, mon ongle s'est cassé et mon cheveu frisait et pas envie de rien.
A la rigueur courir un marathon. Le genre tout droit. Pas réfléchir. Atrabilaire solo: on dira que t'es super concentrée, rouge tomate, alors que tu fais du boudin.
En plusse.
La veille du marathon de Paris (clic) , l'air de rien dans les allées du salon, mon petit doigt me dit, c'est maintenant ou jamais. Je signe pour la Saintélyon. 
La blague.
La volonté elle se bouscule. Tu veux ? Tu peux.
Première des persuasions: En deçà de 50 kilomètres, ta course, c'est pour les fillettes - méthode Coué-nne -
Alors bon. Vu comme ça. Ben je m'inscris au trail urbain Toulousain de 33 km.
Je ne sais pas si toi, mais moi je me souviens bien de la belette mouillée sortie de cette même course il y a un an tout pile.
Je n'en menais pas large. 3h 37 de misères. La preuve ici.
Alors cette année, je me dis. Ça sera pas pire. Au pire ça se fera et ça ne se saura pas.
Chaleur de gueux sur la prairie.
Je retrouve deux poteaux. Très jolie surprise. Jean-Marc le grand sage sur son biclou. Socquettes en titane. Et puis Laurent, venu en touriste, qui enrhume du monde dans un peloton, même en roue libre !
Deux gardes-du-corps. Mes garde-folle. Traquée avec amour.
Peu de fille. Deux ou trois championnes. Le joli linge s'aligne sur le 18 et sur le 9.
Je me sens bien. Ça change d'hier. C'est fête des mamans. Je m'offre un joli cadeau. Toulouse open-routes avec deux ouvreurs. Mieux qu'en limousine !
Le tracé est une surprise. J'ai repéré quelques chemins, je me doute de certains passages, mais j'ignorais avant le départ que nous partirions à l'inverse de l'an passé. La montée de Pech David se fera plein feu sous un soleil vicieux. Gare au mur !
Je bouscule mes premiers kilomètres. Aidée par le rythme de Laurent je colle au 5' au km, plus vite encore parfois. Je sais que c'est un peu rapide. J'exprime mes doutes à voix haute. Les hommes qui sont à ma hauteur m'encouragent déjà. Je parie sur un positionnement rapide et une course à l'épuisement contre les concurrents. Je suis partie pour un podium et si je mesure le professionnalisme des deux coureuses parties déjà loin devant, j'ignore les qualités de celles qui me succèdent.
Comme souvent en trail, je cours masculin. Bénévoles et concurrents sont au petit soin. Incalculables et adorables encouragements saisis au vol, avalés goulûment, mesurés et savourés. Jetés au passage comme une brassée de fleurs, envoyés comme une oeillade, un sourire ou des bravos.
Et Laurent qui papillonne. Retourne en arrière, me rassure sur mon avance. Ça va ? Pas trop rapide ? garde ton rythme, ça tourne, angle droit, on traverse. Tu es bien. Attend v'là les 18, et vas-y que je les course, et je reviens guilleret. Punaise ils vont vite les félins ! Il me lâchera à Rangueil faute de temps.
Mon second Saint Bernard me garde dans sa roue. Rassurant, il fait la trace et me mitraille ! Conseils bien ciblés. Juste assez. Bien dosés. J'ai fait connaissance avec cette figure de la CAP Toulousaine en plein marathon de Toulouse (clic ). Sorti du rang, alors que je flottais en pleine euphorie du kilomètre 30, on a tapé un brin de causette sur un bout de ligne azur, allure 5'20. Civilités, bonjour à la revoyure. Simplicité et amitié spontanée sur 1 ou 2 km de bitume urbain.
Larges allées, parcs, montées. Le soleil donne à plein. Savourer les ruelles étroites. Oasis ombragées. Trop vite sortis des ornières, plein feu sur la montée de l'observatoire. Je verrouille le rythme. Le temps d'une photo on replonge vers le centre. Le cimetière est passé sans m'enterrer. File prendre l'air du jardin des plantes. Les passerelles chaloupantes du Grand-Rond donnent la nausée. Ravitaillement et percussions, respiration avant de canaliser l'effort. L'eau stagnante fait la morte, les platanes n'ombragent même plus. Le canal retient sa respiration. Pauvre traileur. Il va souffrir !
A la rocade on bifurque. Dernière plongée dans le métro, des secondes de fraîcheur, malgré le casse-pattes en escalier. Antenne de Pech David dans le viseur. Chemin du vallon accroché sur la pointe. Peine perdue, la montée exposée crame les bonnes volontés. Quelques pas marchés ne changeront pas grand chose au tempo. Jean-Marc fidèle me rassure. Les coureurs éparses se cognent au dardant soleil. Il fait soif. Ça traîne la langue et ça tire la jambe.
Le sommet annonce la descente. Regain. Et ça file. On rentre au bercail ! Comme une sortie courte. Tu vois, ce n'était rien ! Juste un chameau de bosse !
Poudrerie. Presque explosée. Jean-Marc me fait la visite. "Bon là tu n'y vas pas toute seule hein ?! Y'a des montreurs d'ours ! " Il arrive à me faire rire. Et puis doucement, tout doucement, je raccroche le devant qui se meure. Le devant du devant se traîne aussi. Le suivant s'arrête, repart, accroche. Je limace à 5'40, 5'50, mais l'honneur est sauf. Mon adorable ouvreur file vers l'arrivée pour m'y cueillir.
Ma famille est là. Plaisir.
2h55
3 ème féminine au classement général.
Maman fait un podium. Course mesurée. Exercice difficile pour la maniaque de l'allure que je suis. Je fais mes gammes. Étoile décrochée. Un échelon après l'autre. Pas de course au plus. Juste une course au mieux, au différent.
Découverte d'un milieu peuplé de gens simples, bons, brillants. Coureurs ordinaires ou champions tricolores, chacun apporte sa pierre à l'édifice de ma conviction.
La course à pied, ça fait grandir l'humilité !
 Comme à Buckingham. Chauffeur et balcon. ( Photo en course Jacques pour Running mag . Photo podium Jean-Marc )

































Merci à Run-n-trail - Organisateurs de course et équipementier pour clubs - pour le dossard et pour sa confiance.
Merci à I-Run pour la dotation podium.
Merci aux géniaux bénévoles !
Merci à Marianne Vibrez Montagne pour son initiation trail.
Le maillot  de trail c'est du joli Errea, bien taillé, bien pensé.
Merci au fantassin Laurent et au cavalier Jean-Marc, tous deux charmants.
Bravo à tous les coureurs adorables de "Run in Toulouse " et en particulier à Sebastyen.
Pour les jambes qui progressent de 42' sur le trail urbain Toulousain. C'est bibi.


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